L’authenticité, terreau de l’œnotourisme en Narbonnais

13/02/2025

En prélude à la proposition d’expériences œnotouristiques s’est posée la question de ma conception de l’activité. Vouloir trouver la clé des choses est peut-être un travers… ou une preuve d’implication. Comprendre ce qui, résolument, me poussait dans cet univers professionnel, m’a au moins incitée à le mettre en mots. Et parmi ces mots, l’authenticité s’est rapidement imposée comme un leitmotiv.

Pas une simple rengaine marketing à l’ère des salons Zen, Vivre autrement, du Bien-être et autres, qui, s’ils répondent à l’envie de renouer avec son moi profond ou une vie plus ajustée, n’en demeurent pas moins des temples de la consommation où la bousculade fait voler les feuilles de thé relaxant en pluie sur votre tête ou le dhal de lentilles corail se répandre dans votre tote bag en coton équitable. Ça sent le vécu de l’ancienne parisienne, n’est-ce pas ?!

L’authenticité plutôt comme une harmonie, entre ce qu’on est et ce qu’on donne à voir. C’est valable aussi bien pour un territoire que pour un être : il livre une version de lui-même alignée à ce qu’il est profondément, une mélodie fidèle à sa partition d’origine.
C’est bien à ce titre que le Narbonnais est une terre authentique, dans ses paysages époustouflants et son patrimoine historique, dans l’identité de viticulteurs et de vignerons qui écrivent au fil des générations l’histoire de la terre, et dans toutes les saveurs que son plus fidèle héraut, le vin, dévoile à la curiosité des sens.

Un patrimoine authentique

Dans son Histoire de la vigne et du vin, Roger Dion écrit que « le vignoble français est un monument romain » et que l’urbanisation de la Gaule lors de la conquête romaine s’est accompagnée de la création « … autour des villes, principalement à l’aide de la vigne, d’un décor méditerranéen… qui a souvent mieux résisté à l’épreuve du temps que des édifices colossaux qu’on eût pu croire indestructibles. »
La ville de Narbonne, plus qu’aucune autre en France, peut regretter de n’avoir pu mieux conserver l’empreinte architecturale de son glorieux passé antique. Première fille de Rome en raison de sa situation unique de carrefour géographique et de son ouverture sur la Méditerranée, elle a été la première capitale de Gaule. La monumentalité de ses édifices aujourd’hui disparus ne souffre aucune comparaison : la Maison carrée de Nîmes, remarquable vestige de temple capitolin, est de dimensions deux fois… inférieures (!) à celles du temple de Narbonne érigé dès la fin du dernier siècle avant notre ère à la gloire des dieux romains Jupiter, Junon et Minerve.
Narbonne et ses alentours ont pour autant été façonnés dans un temps long par cet autre monument romain qu’est la vigne. Pour donner du fruit, la vigne n’a pas besoin d’une terre grasse. Elle s’épanouit dans des sols pauvres, des friches caillouteuses et arides que des plantes gourmandes en eau se désespèrent de coloniser. Patiemment, elle s’insinue et développe son système racinaire jusqu’à puiser, dans les profondeurs du sol, les ressources nécessaires pour faire circuler la sève nourricière. La vigne, par nature, est une plante éminemment enracinée. En trouvant un territoire de prédilection baigné de soleil, vivifié par le vent et les embruns, parfumé des senteurs de la garrigue, elle a pu léguer à la région un héritage culturel autour de la production et de la commercialisation du vin. C’est ainsi que le vin est inscrit au patrimoine du Narbonnais, comme son écrin naturel incomparable, entre mer et étangs, plaine et contreforts calcaires.
Grâce à ses paysages à la beauté sauvage, son passé millénaire et sa tradition viticole ancestrale, l’œnotourisme en Narbonnais propose une leçon vivante d’histoire et de géographie.

L’authenticité de la rencontre et du partage

Le caractère authentique de l’œnotourisme local se reflète également dans l’interaction avec les viticulteurs et vignerons. Ils sont nombreux à diversifier leurs activités et on a vu pousser plus vite que les ceps les balades vigneronnes, guinguettes estivales et autres chasses au trésor dans la vigne, pour petits et grands. L’accueil vigneron existe pourtant depuis aussi longtemps que le vin. C’est presque une lapalissade tant le métier des viticulteurs et vignerons relève d’une passion qu’ils aiment naturellement communiquer, et que le vin, fruit de leur labeur, confère à la dégustation une dimension intrinsèque de partage.
Loin des expériences standardisées, de nombreux domaines du Narbonnais proposent aux visiteurs qui s’intéressent au vin et à son processus de production une immersion qui met en valeur des pratiques agricoles anciennes et des traditions locales, mais éclaire aussi l’ouverture à l’innovation comme l’adaptation du vignoble pour résister aux défis climatiques et préserver la terre pour les générations futures. Là encore, on est dans la pratique du temps long et la culture de l’enracinement. Et quand un vigneron vous raconte son amour de la terre, son respect de ce qu’offre la nature et son humilité quand elle se rebelle, les gestes précis et habiles à la vigne qui donnent un bon raisin, et les secrets de la vinification dans un chai qui a traversé le temps, le travail bien fait devient dialogue complice et joie de la rencontre. Un moment authentique et la garantie de se créer des beaux souvenirs !

Des saveurs uniques

Le dernier volet de cette histoire d’enracinement s’ouvre sur la typicité des cépages méditerranéens et le relief inimitable qu’ils donnent aux vins du Narbonnais. Des cépages anciens, importés par les Romains comme la clairette, ou issus du croisement naturel de plantes autochtones comme le bourboulenc, ou ramenés d’Espagne au Moyen-Âge dans la besace des pèlerins de retour de Compostelle, comme le grenache, le mourvèdre ou le carignan. Ils ne sont toutefois qu’une des composantes, avec le sol et le climat, le savoir-faire et la personnalité du vigneron, du terroir dont les vins vont porter l’empreinte. Et leurs grappes expriment autant l’identité des parcelles où elles ont mûri que l’identité culturelle du territoire.
Ici, les vins portent le nom des terroirs de La Clape, du Quatourze, des Corbières et du Minervois. Les blancs sont dominés par la fraîcheur, avec des notes minérales et iodées pour les parcelles de bord de mer. Les rosés fondent en bouche comme de petites baies juteuses et acidulées. Les rouges ont des saveurs de fruits mûrs compotés, relevées par des notes épicées et réglissées.
Les vins du Narbonnais entrent en résonance avec le territoire, ils sont aromatiques et chaleureux, équilibrés et profonds. Ils rehaussent avec délicatesse la gastronomie locale avec laquelle ils érigent en art de vivre la simplicité et le rythme des saisons. Ils invitent à voyager dans un monde de sensations et d’émotion et célèbrent l’art d’être ensemble.

En vous livrant ma définition de l’œnotourisme autour de l’authenticité, je viens de faire une déclaration d’amour à ma région d’adoption ! Cela tombe bien, nous fêterons demain la Saint-Valentin et entrerons dans la saison des amours…
L’authenticité dans l’activité œnotouristique va bien au-delà de la simple consommation de vins locaux dans un contexte authentique. Elle représente un mélange subtil entre la transmission de savoir-faire, la rencontre et la découverte d’un terroir dans ses diversités géographique, historique et gustative. Elle se trouve dans la volonté d’offrir au visiteur la possibilité de vivre une expérience « enracinée », comme l’est la vigne, une expérience culturelle, sensorielle et humaine, sur laquelle il pourra greffer sa propre histoire.